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17 000 soldats, île de Kharg, uranium… Les scénarios d’une opération américaine terrestre en Iran

Par Salim B.
31 mars 2026
dans Monde
17 000 soldats, île de Kharg, uranium… Les scénarios d’une opération américaine terrestre en Iran
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Un mois après le début des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, Washington envisage d’envoyer des troupes au sol. Une escalade que les experts jugent à hauts risques, et que Trump lui-même excluait il y a dix jours.

Donald Trump avait dit qu’il n’enverrait des troupes « nulle part ». C’était le 20 mars. Dix jours plus tard, deux groupes de Marines – environ 5 000 troupes – voguent vers le golfe Persique et 2 000 parachutistes de la 82e division aéroportée se préparent à suivre, selon le Washington Post. Surtout, selon les médias Axios et le Wall Street Journal, l’administration envisage de déployer 10 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient, en renfort des effectifs déjà présents dans la région, pour porter le « coup final » à l’Iran. Dimanche soir, le président américain s’est cependant montré optimiste en annonçant que Téhéran allait laisser passer 20 pétroliers par le détroit d’Orzmuz, déclarant à bord d’Air Force One : « Je pense que nous allons conclure un accord avec eux, j’en suis presque sûr. »

Le brouillard de guerre reste épais. Selon la presse américaine, les États-Unis ont informé leurs homologues israéliens et régionaux qu’ils envisageaient des opérations terrestres, et le Pentagone se préparerait à « des semaines d’opérations » en Iran. L’idée d’une invasion à grande échelle n’est pas sur la table – le mot fait peur à Washington, et le total est bien inférieur aux 150 000 soldats que les États-Unis ont déployés en mars 2003 pour envahir un Irak beaucoup plus petit tant en superficie qu’en population, que l’Iran – mais plutôt d’envisager des raids « menés par une combinaison de forces spéciales et de troupes d’infanterie conventionnelles », ont affirmé des responsables américains sous couvert d’anonymat.

Plusieurs scénarios, plusieurs îles à attaquer

Le Pentagone travaille ainsi, selon le média américain Axios, sur plusieurs scénarios : la cible la plus médiatisée, depuis des semaines, est la saisie de l’île de Kharg, principal centre d’exportation de pétrole iranien et poumon économique de la République islamique (90 % du brut du pays y transite). Le 14 mars, l’armée américaine a donc mené des frappes aériennes de grande envergure contre des dizaines de cibles militaires sur l’île, en épargnant toutefois les infrastructures pétrolières, « par décence », selon les mots du président américain.

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This handout image taken by the European Space Agency (ESA) captured by the Copernicus Sentinel-2 satellite shows a view of Iran's Kharg Island, which hosts the country?s main crude export terminal and is responsible for the overwhelming majority of its oil shipments to the world, about 30 kilometres south of the mainland in the north of the Gulf, on March 7, 2026. The US and Israel have previously treaded carefully around the island in the conflict, but an Axios report over the weekend cited Trump administration officials saying capturing Kharg was on the table. The island handles roughly 90 percent of Iran's crude exports, according to a JP Morgan note released on March 8. (Photo by EUROPEAN SPACE AGENCY / AFP) / RESTRICTED TO EDITORIAL USE - MANDATORY CREDIT "AFP PHOTO / ESA" - HANDOUT - NO MARKETING NO ADVERTISING CAMPAIGNS - DISTRIBUTED AS A SERVICE TO CLIENTS
90 % du brut iranien exporté transite par l’île de Kharg. -/AFP/-

Seconde cible : celle de Larak, positionnée à l’endroit le plus étroit du détroit d’Ormuz et dont l’Iran se sert pour surveiller et contrôler le trafic maritime. Des discussions ont également porté sur Abu Musa et les îles Tounbs, des bases avancées iraniennes équipées de missiles, de drones et de capacités de pose de mines, que Téhéran avait arrachées aux Émirats arabes unis en 1971.

Enfin, l’île de Qeshm, la plus grande du golfe, abriterait des missiles antinavires et des drones dans des tunnels. Washington envisage aussi, pour Kharg, un blocus pour asphyxier économiquement l’Iran sans exposer des soldats au sol. Une option jugée moins risquée.

À l’autre extrême, le Pentagone aurait également proposé à Donald Trump une option pour pénétrer en profondeur en Iran afin d’aller saisir les 440 kilogrammes d’uranium hautement enrichi que Téhéran conserverait sous ses installations nucléaires. Mais plutôt que d’envoyer des commandos des forces spéciales, le président américain pourrait préférer avoir à nouveau recours à des bombes anti-bunker comme à l’été 2025, pour tenter d’empêcher l’Iran de pouvoir accéder à son stock. Dimanche soir, le président américain n’avait pas arrêté sa décision.

Une mission « aux risques considérables »

Selon une source militaire, les objectifs envisagés pourraient être atteints en « semaines, et non en mois ». Une autre a évoqué un délai potentiel de « quelques mois ». Mais une telle mission comporte surtout « des risques considérables », selon le directeur du programme d’études militaires et de sécurité du Washington Institute for Near East Policy, Michael Eisenstadt, interrogé par Axios.

Selon lui, une mission terrestre judicieuse pourrait consister à « démanteler » certains sites militaires côtiers iraniens qui menacent la navigation commerciale et militaire. « Il est préférable de ne pas maintenir les troupes stationnées au même endroit pendant une période prolongée », a déclaré l’ancien militaire, qui a servi en Irak, en Israël et en Jordanie.

L’Iran promet de brûler vives les troupes américaines

D’autant qu’un haut responsable iranien a mis en garde les États-Unis contre une invasion terrestre, faisant savoir que son armée « attend » une « invasion terrestre » et a promis d’incendier les troupes américaines, affirmant qu’elles seraient « brûlées vives », alors que des diplomates régionaux se réunissaient dimanche au Pakistan, dans l’espoir d’ouvrir des pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran et de mettre fin à la guerre qui dure depuis un mois.

De quoi enflammer le débat public américain déjà mouvementé : au cours du mois écoulé, 13 soldats américains ont été tués au combat, dont six dans un accident d’avion en Irak, six lors d’une attaque de drone contre le port de Shuaiba au Koweït et un lors d’une attaque contre la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite. Plus de 300 militaires ont été blessés par des drones et des missiles iraniens lors de représailles visant des installations américaines dans au moins sept pays du Moyen-Orient, dont au moins 10 grièvement, selon des sources officielles. Les quinze derniers datent d’une attaque de six missiles balistiques et 29 drones lancée vendredi 27 mars contre la base aérienne Prince Sultan en Arabie saoudite.

Alors que les démocrates sont presque unanimes dans leur opposition à la guerre en Iran, les républicains qui soutiennent Trump au Congrès sont divisés sur la possibilité d’opérations terrestres. La population, elle, toujours marquée par la guerre en Irak, manifeste son mécontentement. Samedi 28 mars, huit millions de personnes ont défilé à travers les États-Unis contre la politique étrangère et anti-immigration de Trump. C’est un million de plus que la dernière journée « No Kings », qui s’est tenue en octobre 2025. Ce qui est certain, c’est qu’à 7 mois des midterms, Donald Trump, dont la popularité est au plus bas depuis son retour à la Maison-Blanche, à 40 % de satisfaits, a intérêt à mettre fin au plus vite au conflit au Moyen-Orient. Que ce soit par la force ou la diplomatie.

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