Du 14 au 17 mai 2026, la Cité de la Culture Chedli Klibi accueillera une manifestation artistique sans précédent dans le calendrier culturel tunisien. Le Théâtre de l’Opéra de Tunis franchit un pas décisif en lançant la première édition du festival « Par le théâtre… Je suis », entièrement consacré aux créations portées par des artistes à besoins spécifiques. Une initiative qui place l’inclusion au cœur de la programmation nationale, en offrant une scène légitime à des voix trop souvent absentes des grandes institutions culturelles.
Un pari culturel ancré dans une vision humaniste
C’est dans la salle des Jeunes Créateurs de la Cité de la Culture que se déroulera cet événement coordonné par le Pôle Théâtre et Arts Scéniques du Théâtre de l’Opéra de Tunis. L’initiative ne se limite pas à une simple programmation artistique : elle traduit une volonté institutionnelle de repenser le rôle du théâtre dans la société tunisienne. Selon un communiqué publié par l’institution mardi, cette manifestation « s’inscrit dans une vision humaniste qui fait du théâtre un espace d’expression fédérateur ».
Le festival entend ainsi consacrer le théâtre comme vecteur d’inclusion sociale et d’égalité des chances, en mettant en valeur des talents issus de différentes régions du pays. Des compagnies et associations engagées dans l’accompagnement artistique et social de personnes en situation de handicap ont répondu présentes, portant des projets scéniques nés d’un travail de longue haleine avec leurs bénéficiaires. Pour le Théâtre de l’Opéra de Tunis, il s’agit également de reconnaître la contribution de ces artistes au paysage culturel tunisien, trop rarement mise en avant sur les grandes scènes nationales.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de sensibilisation aux droits culturels des personnes à besoins spécifiques, un enjeu que les institutions publiques tunisiennes commencent à intégrer progressivement dans leurs stratégies. En choisissant la Cité de la Culture comme cadre, le Théâtre de l’Opéra confère à cet événement une visibilité symbolique forte, dans un lieu habituellement réservé aux productions conventionnelles.
Quatre jours de représentations portées par des associations régionales
Le programme du festival s’étend sur quatre soirées consécutives, chacune proposant une ou plusieurs pièces réalisées avec des artistes à besoins spécifiques. La diversité géographique des productions illustre la volonté des organisateurs de dépasser le seul prisme de la capitale.
Jeudi 14 mai : ouverture avec « Louha »
Le coup d’envoi sera donné par la pièce « Louha », mise en scène par Houda Lamoushi. Cette création est le fruit d’un travail mené par la société Red Star Production et Distribution, basée à Tunis. Premier spectacle d’une édition inaugurale, « Louha » donnera le ton d’un festival qui ambitionne de conjuguer exigence artistique et engagement social.
Vendredi 15 mai : « Ahkili » depuis Médenine
La deuxième soirée mettra à l’honneur une production venue du Sud tunisien. « Ahkili » est une pièce réalisée sous la direction de Karim Kharshoufi, portée par l’Association du Petit Théâtre de Médenine. La présence de cette compagnie régionale souligne la dimension nationale du festival, qui refuse de se cantonner à la seule scène tunicoise.
Samedi 16 mai : « Ena Hakka » et l’Association Noujoum Ettahadi
Le samedi soir, le public sera invité à découvrir « Ena Hakka », une pièce mise en scène par Sadok Hajij. Cette production implique l’Association Noujoum Ettahadi pour les personnes en situation de handicap, basée à Korba. Le titre — qui signifie littéralement « Je suis ainsi » — résonne avec la thématique centrale du festival : affirmer une identité, une présence, une existence pleine et entière à travers l’art scénique.
Dimanche 17 mai : double clôture avec « Basma » et « Ce qui ne se dit pas »
La dernière journée du festival sera la plus dense, avec deux spectacles programmés en guise de clôture. « Basma », dirigée par Mohamed Laatiri, ouvrira cette soirée conclusive. Elle sera suivie de « Ce qui ne se dit pas », une pièce cosignée par Siwar Hajri et Lina Kssass. Ce double rendez-vous final illustre la richesse des approches artistiques rassemblées au sein de cette première édition, entre univers scéniques distincts et démarches créatives complémentaires.
Le théâtre comme outil d’émancipation et de reconnaissance
Au-delà de la programmation, « Par le théâtre… Je suis » soulève une question de fond sur la place accordée aux artistes à besoins spécifiques dans l’écosystème culturel tunisien. Si des associations locales œuvrent depuis des années à l’accompagnement de ces publics vers la pratique artistique, les espaces institutionnels leur ont longtemps fait défaut. L’initiative du Théâtre de l’Opéra de Tunis comble, au moins partiellement, ce vide en leur ouvrant une scène nationale.
Le choix du théâtre comme discipline centrale n’est pas anodin. Art du corps, de la parole et de la présence, il offre à chaque interprète la possibilité d’affirmer son existence face à un public. Pour des personnes à besoins spécifiques, monter sur scène représente souvent bien plus qu’une performance artistique : c’est un acte d’affirmation de soi, un moment de reconnaissance sociale que peu d’autres espaces savent offrir avec la même intensité.
Tekiano, qui relaie l’annonce de cet événement, souligne l’importance de cette première édition dans le contexte culturel tunisien actuel. Le Théâtre de l’Opéra de Tunis confirme ainsi une orientation qui dépasse la simple programmation de spectacles, en positionnant l’institution comme un acteur engagé dans les débats sociaux qui traversent la Tunisie contemporaine.
La réussite de cette première édition sera déterminante pour la pérennité du festival. Associations, compagnies et artistes participants portent des attentes légitimes : voir leur travail reconnu, leur démarche soutenue et leur présence sur la scène nationale institutionnalisée. Les quatre soirées de mai 2026 constitueront un premier test grandeur nature pour une initiative dont l’ambition dépasse largement le cadre d’un simple événement culturel ponctuel.

