La SIPHAT relance sa production après des années d’arrêt

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Un signal fort pour l’industrie pharmaceutique tunisienne : la ligne de production des flacons liquides de la Société tunisienne des industries pharmaceutiques (SIPHAT) est de nouveau opérationnelle. Le ministère de la Santé a officialisé cette remise en marche, présentée comme une étape charnière dans la politique nationale de réforme du secteur du médicament, après plusieurs années d’interruption qui avaient fragilisé la capacité productive de cet établissement public stratégique.

Des médicaments essentiels à nouveau fabriqués en Tunisie

La reprise de la ligne de fabrication des formes liquides conditionées en flacons marque un tournant concret pour la SIPHAT. Selon les informations communiquées par le ministère de la Santé, rapportées par Tunisie Numérique, cette relance porte en priorité sur la production de médicaments sous forme de sirops, parmi lesquels figure l’Hexabain, ainsi que des antiacides et une gamme d’autres spécialités pharmaceutiques. Ces produits figurent parmi les médicaments les plus couramment prescrits par les médecins tunisiens et les plus recherchés dans les officines.

Le retour de leur fabrication sur le territoire national est susceptible d’alléger la pression sur les importations et de sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur. La disponibilité de médicaments essentiels, dont les pénuries ponctuelles ont parfois inquiété professionnels de santé et patients, pourrait s’en trouver améliorée sur le moyen terme.

Le ministère de la Santé a tenu à souligner que cette reprise s’inscrit dans le strict respect des normes internationales en vigueur en matière de qualité et de sécurité pharmaceutique. Cette précision n’est pas anodine : elle répond aux exigences de conformité qui conditionnent la crédibilité des productions locales, aussi bien sur le plan réglementaire national qu’en vue d’éventuelles perspectives d’exportation.

Un redressement progressif d’une entreprise publique clé

La remise en service des flacons liquides ne constitue pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une dynamique de réhabilitation progressive engagée autour de la SIPHAT, dont les difficultés structurelles avaient conduit à l’arrêt successif de plusieurs lignes de fabrication au fil des années. Avant cette nouvelle étape, l’entreprise avait déjà réamorcé la production de formes sèches — comprimés et gélules —, de suppositoires et de sérum physiologique, des produits dont la fabrication avait également été suspendue.

Ce redémarrage par étapes traduit une stratégie de remise en ordre industrielle et organisationnelle, destinée à redonner à la SIPHAT la place qui lui revient dans le paysage pharmaceutique national. Fondée dans les années 1980, cette société d’État a longtemps été un pilier de la production locale de médicaments génériques avant de traverser une longue période de turbulences affectant ses équipements, sa gestion et ses effectifs.

La réhabilitation en cours vise à lui restituer ce rôle de levier stratégique, dans un contexte où la Tunisie cherche à renforcer son autonomie sanitaire. La crise mondiale liée à la Covid-19 avait mis en lumière la vulnérabilité des pays qui dépendent excessivement des importations pour leur approvisionnement en médicaments, et avait ravivé les débats sur la nécessité d’un tissu industriel pharmaceutique local robuste.

Vers une souveraineté pharmaceutique renforcée

La relance de la SIPHAT s’inscrit dans une réflexion plus large portée par les autorités tunisiennes sur la souveraineté sanitaire et industrielle du pays. Le secteur pharmaceutique tunisien, qui compte une quarantaine de laboratoires privés en activité, produit aujourd’hui une part non négligeable des médicaments consommés sur le territoire. Mais la contribution du secteur public, via la SIPHAT, était devenue quasi nulle ces dernières années, creusant un déficit symbolique autant qu’économique.

Le retour en activité de cette usine publique pourrait également avoir des retombées sur l’emploi et la formation dans le secteur, en réactivant des compétences techniques qui risquaient de se perdre faute de pratique. La montée en puissance de la production locale représente par ailleurs un argument de poids dans les négociations sur les prix des médicaments avec les fournisseurs étrangers.

Si les annonces du ministère de la Santé dessinent une trajectoire encourageante, la pérennité de cette relance dépendra de la capacité de la SIPHAT à maintenir ses standards de qualité, à sécuriser ses approvisionnements en matières premières et à gérer efficacement sa chaîne de production sur la durée. Les observateurs du secteur pharmaceutique tunisien attendent désormais des chiffres concrets sur les volumes produits et les délais de mise à disposition des médicaments dans le circuit de distribution.

La réforme du système du médicament en Tunisie, régulièrement évoquée sans toujours aboutir à des résultats tangibles, semble cette fois franchir une étape opérationnelle avec la remise en marche effective des lignes de production de la SIPHAT. Un signal que les professionnels de santé et les patients, confrontés à des difficultés récurrentes d’approvisionnement, suivront avec attention dans les prochains mois.

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