Sommet Africa Forward à Nairobi : santé, énergie et transformation locale au cœur des débats

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Nairobi a accueilli la clôture du sommet africano-français « Africa Forward », auquel a pris part la cheffe du gouvernement tunisien, Sarra Zaafrani Zenzri. Réunissant pas moins de 35 chefs d’État et de gouvernement venus de tout le continent et d’Europe, cette rencontre de haut niveau a permis de dégager des axes stratégiques communs pour les mois à venir, articulés autour de la santé, de la transition énergétique et de la valorisation des ressources agricoles locales. La Tunisie y a porté une voix distincte, mettant en avant ses atouts dans plusieurs secteurs à forte valeur ajoutée.

Trois axes prioritaires pour le développement du continent

L’une des conclusions majeures du sommet concerne le renforcement des infrastructures sanitaires à l’échelle nationale dans les pays participants. Les délégués présents ont insisté sur la nécessité d’appuyer la fabrication locale de vaccins et de médicaments, une orientation qui s’inscrit dans la dynamique post-pandémique visant à réduire la dépendance des économies africaines aux importations pharmaceutiques. Cette ambition traduit une volonté collective de souveraineté sanitaire, longtemps revendiquée par de nombreux États du continent.

Le deuxième grand chantier identifié lors des travaux du sommet porte sur la transition énergétique. Les participants ont plaidé pour une accélération des investissements dans les énergies renouvelables, mais aussi pour le développement de ce que les experts désignent sous le terme d’économie bleue — soit l’exploitation durable des ressources maritimes et côtières. Ce segment, encore sous-exploité sur une grande partie du continent africain, représente un potentiel considérable en matière de création d’emplois et de diversification économique.

Enfin, la question de la transformation locale des matières premières agricoles a occupé une place centrale dans les discussions. Plutôt que de continuer à exporter des ressources brutes à faible valeur ajoutée, les chefs d’État ont appelé à développer des filières de transformation sur place, permettant à la fois de générer davantage de revenus, de créer des emplois qualifiés et de réduire la volatilité économique liée aux fluctuations des cours mondiaux des matières premières. Ce changement de paradigme, souvent évoqué dans les forums internationaux, a cette fois fait l’objet d’engagements politiques explicites de la part des participants.

La Tunisie affirme son rôle de partenaire stratégique en Afrique

C’est lors de la séance plénière dédiée aux enjeux de paix et de sécurité, organisée en ouverture du sommet Afrique-France à Nairobi, que Sarra Zaafrani Zenzri a pris la parole au nom de la Tunisie. Son intervention a mis en lumière la stratégie tunisienne de coopération continentale, fondée non pas sur des logiques d’aide ou d’assistance, mais sur des partenariats à caractère mutuellement bénéfique.

La cheffe du gouvernement a rappelé que la Tunisie s’inscrit dans une démarche de construction de liens durables avec ses partenaires africains, en privilégiant l’investissement conjoint et le transfert de compétences. Elle a évoqué plusieurs secteurs dans lesquels la Tunisie est déjà présente sur le continent : le bâtiment et les travaux publics, mais aussi l’exportation de services dans des domaines aussi variés que la santé, l’éducation et les technologies de l’information.

Sur ce dernier point, Zaafrani Zenzri a insisté sur la qualité du capital humain tunisien, soulignant que les professionnels tunisiens dans ces domaines disposent d’un niveau de formation leur permettant de se mesurer aux standards internationaux. Cette mise en avant du savoir-faire tunisien vise à positionner le pays non plus uniquement comme un marché de transit ou d’exportation de matières premières, mais comme un hub de services et de compétences au service du développement africain.

Un sommet qui s’inscrit dans un contexte de redéfinition des relations Afrique-France

Le choix de Nairobi comme ville hôte de ce sommet africano-français n’est pas anodin. Le Kenya, économie dynamique d’Afrique de l’Est, constitue un symbole de la nouvelle géographie des relations entre le continent africain et ses partenaires extérieurs. Le format « Africa Forward » lui-même témoigne d’une volonté de renouveler les cadres de coopération traditionnels, souvent perçus comme déséquilibrés, au profit d’un dialogue plus horizontal entre des pays africains de plus en plus affirmés dans leurs choix stratégiques.

La participation de 35 chefs d’État et de gouvernement confère à ce sommet un poids politique indéniable. Les engagements pris autour des systèmes de santé, de l’énergie renouvelable et de la transformation agricole rejoignent des priorités déjà inscrites dans plusieurs agendas continentaux, notamment l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Ils s’alignent également sur les Objectifs de développement durable des Nations Unies, conférant à ces décisions une légitimité qui dépasse le cadre strictement bilatéral franco-africain.

Pour la Tunisie, la présence de sa cheffe du gouvernement à cet événement marque une volonté de renforcer sa visibilité diplomatique et économique à l’échelle du continent. Longtemps davantage tournée vers l’Europe et les marchés méditerranéens, la Tunisie cherche à consolider son ancrage africain, en misant sur ses secteurs d’excellence pour tisser des alliances économiques solides avec des partenaires subsahariens. Le sommet de Nairobi, tel que rapporté par la RTCI, aura constitué une occasion supplémentaire pour Tunis de rappeler sa vocation africaine et sa capacité à contribuer concrètement aux dynamiques de développement du continent.

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