Transition énergétique : la Tunisie et l’électricité verte

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Portée par une série de mises en service rapprochées de centrales solaires, la Tunisie imprime un rythme soutenu à sa transition énergétique. En quelques mois, le pays a significativement renforcé ses capacités de production d’électricité verte, avec des retombées immédiates sur la facture énergétique et les importations de gaz naturel. Cette dynamique traduit une volonté affirmée des autorités d’accélérer la mutation du mix énergétique national vers des sources plus durables et compétitives.

En effet, le pays franchit un nouveau cap dans sa transition énergétique avec l’entrée en production, cette semaine, de deux centrales solaires photovoltaïques à Tozeur et à Mezzouna (gouvernorat de Sidi Bouzid), d’une capacité de 50 mégawatts chacune. Ces nouvelles installations viennent renforcer la production nationale d’électricité à partir d’énergies renouvelables et contribuent à réduire à la fois le coût de production et la dépendance aux importations de gaz naturel.

Ces projets s’inscrivent dans le cadre du régime des concessions et interviennent quelques mois seulement après la mise en service de la centrale de Metbasta (Kairouan), d’une capacité de 100 MW. En l’espace de cinq mois, la capacité solaire installée dans ce cadre a ainsi atteint près de 200 MW, illustrant une accélération tangible de la politique énergétique du pays.

Un impact direct sur les coûts et les importations énergétiques

La centrale de Tozeur, première du genre dans la région sous ce régime, a nécessité un investissement d’environ 135 millions de dinars et s’étend sur 100 hectares, avec près de 95 000 panneaux solaires. Celle de Mezzouna, de capacité équivalente et de coût comparable, est également considérée comme un projet structurant pour le réseau électrique national.

Selon les estimations officielles, la centrale de Mezzouna permettra de réaliser des économies d’environ 30 millions de dinars par an sur le coût de production de l’électricité, tout en réduisant les importations de gaz naturel de près de 13 millions de dollars annuellement. De son côté, la centrale de Tozeur devrait générer des économies de l’ordre de 8 millions de dollars par an et contribuer à réduire les importations de gaz d’environ 1,2 %, au bénéfice notamment de la Société tunisienne de l’électricité et du gaz (Steg).

Dans le même élan, le gouvernorat de Médenine a vu l’entrée en exploitation de quatre centrales photovoltaïques supplémentaires, d’une capacité de 2 MW chacune, dans le cadre de la cinquième tranche du régime des autorisations. Ces projets, pour un investissement global estimé à 16 millions de dinars, devraient permettre d’économiser environ 1,5 million de dinars par an sur le coût de production de l’électricité et de réduire la facture des importations de gaz d’environ 4,5 millions de dinars annuellement.

Au-delà des gains économiques, ces réalisations participent aussi à la réduction des émissions de dioxyde de carbone et s’inscrivent dans une dynamique de transition vers un modèle énergétique plus durable et moins dépendant des énergies fossiles.

Une stratégie nationale tournée vers la souveraineté énergétique

Ces avancées s’inscrivent dans le cadre de la stratégie nationale de transition énergétique, qui fixe des objectifs ambitieux : porter la part des énergies renouvelables à 35 % de la production d’électricité à l’horizon 2030, puis à 50 % d’ici 2035. Cette orientation stratégique vise à réduire la dépendance aux énergies fossiles importées, à améliorer l’efficacité énergétique et à renforcer la souveraineté énergétique du pays.

Pour atteindre ces objectifs, les autorités tunisiennes misent sur une combinaison de grands projets structurants et de réformes du cadre réglementaire. Parmi les projets en préparation figure une centrale solaire de grande envergure dans la région de Bazma, dans le gouvernorat de Kébili, d’une capacité de 300 MW, associée à un système de stockage par batteries (BESS) de 540 MWh. Ce type d’infrastructure représente une avancée majeure pour la gestion de l’intermittence des énergies renouvelables et pour l’intégration de ces dernières dans le réseau national.

Par ailleurs, un nouvel appel d’offres a été lancé pour la réalisation d’une autre centrale solaire dans la même région, d’une capacité de 350 MW, intégrant également des solutions de stockage. Ces projets traduisent une volonté d’intégrer des technologies avancées afin d’assurer la stabilité du réseau électrique et de maximiser l’efficacité des installations renouvelables.

La Tunisie s’emploie aussi à améliorer son cadre d’investissement dans le secteur énergétique, notamment à travers les régimes de concessions, d’autorisations et d’autoproduction. Cette évolution vise à attirer davantage d’investissements privés, y compris étrangers, dans un secteur jugé stratégique pour la croissance économique.

Dans ce contexte, les récentes mises en service de centrales solaires envoient un signal positif aux investisseurs, en démontrant la capacité du pays à concrétiser ses projets et à offrir un environnement propice au développement des énergies renouvelables. Elles renforcent également la crédibilité de la Tunisie dans ses ambitions de devenir un acteur régional de la transition énergétique.

Cette ambition se traduit aussi par des projets de coopération internationale, notamment le projet d’interconnexion électrique avec l’Italie (ELMED), qui pourrait positionner la Tunisie comme une plateforme d’échange d’électricité entre l’Afrique et l’Europe. Ce type d’initiative s’inscrit dans une vision plus large visant à intégrer le pays dans les réseaux énergétiques régionaux et à valoriser son potentiel en énergies renouvelables.

Au final, la dynamique actuelle confirme que la Tunisie est engagée dans une phase avancée de sa transition énergétique. Entre montée en puissance du solaire, diversification des modes de production, intégration progressive du stockage et ouverture aux investissements, le pays semble poser les bases d’un modèle énergétique plus durable, plus compétitif et moins dépendant des ressources fossiles. Et dans un contexte international marqué par la volatilité des prix de l’énergie, cette orientation apparaît comme un levier stratégique majeur pour renforcer la résilience économique et énergétique du pays à moyen et long terme.

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