Écoconstruction : Une transition à financer et à encadrer

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Le secteur du bâtiment a longtemps été perçu comme un domaine de niche, où l’écoconstruction s’impose désormais comme un levier stratégique de compétitivité et d’investissement. En Tunisie, cette transition, portée à la fois par des impératifs réglementaires et des opportunités économiques, était au cœur de la 18e édition du Salon de l’Ecoconstruction et confirme l’émergence d’un nouveau modèle de croissance plus durable.

L’écoconstruction repose sur une logique globale, intègre l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Elle privilégie l’utilisation de matériaux locaux, durables et recyclables, tout en optimisant la performance énergétique grâce à des solutions comme l’isolation thermique, la ventilation naturelle ou encore l’intégration des énergies renouvelables. Au-delà de la dimension technique, elle traduit un changement de paradigme : construire moins énergivore, mais aussi mieux adapté aux réalités environnementales et économiques.

Pour Ridha Mrabet, ancien Pdg d’une Sicar régionale, cette évolution marque un tournant. Selon lui : « L’écoconstruction n’est plus un choix, mais une nécessité économique. Elle ouvre des perspectives d’investissement inédites, notamment à travers la valorisation des ressources locales et le développement de solutions innovantes ». Toutefois, il souligne que cette transition reste conditionnée par l’existence d’un cadre réglementaire incitatif et de mécanismes de financement adaptés.

Pour Mrabet, les bénéfices sont multiples. Sur le plan environnemental, l’écoconstruction permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de préserver les ressources naturelles. Sur le plan économique, elle offre des gains durables à travers la réduction des coûts énergétiques. Sur le plan social, elle améliore le confort et la qualité de vie des occupants. Autant d’atouts qui expliquent la montée en puissance de ce modèle à l’échelle mondiale.

Le secteur du bâtiment représente à lui seul près de 34 % des émissions mondiales de CO2. Dans les marchés émergents, où la demande en infrastructures explose, cette pression est encore plus forte. Sans inflexion majeure, les émissions pourraient continuer à croître dans les prochaines années, compromettent les objectifs climatiques internationaux.

En Tunisie, la transition est engagée, mais reste progressive. « L’Etat a amorcé plusieurs réformes, à travers la Stratégie nationale de transition écologique, le développement de certifications pour les matériaux innovants et le renforcement du cadre réglementaire. Le Plan solaire tunisien, qui vise 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030, s’inscrit dans cette dynamique », explique Mrabet. Le financement constitue un levier clé. Des dispositifs comme le Fonds de Transition Énergétique, les programmes de finance verte ou encore les initiatives internationales telles que Greenov’i contribuent à soutenir l’écosystème.

Le capital-investissement, de son côté, joue un rôle croissant dans l’accompagnement des entreprises innovantes mais le chantier reste vaste. Accélérer la transition suppose de lever plusieurs obstacles : renforcer les incitations fiscales, faciliter l’accès au financement et adapter plus rapidement les cadres réglementaires. Cela implique également une mobilisation accrue des investisseurs privés et une sensibilisation plus large des citoyens.

« L’écoconstruction apparaît comme bien plus qu’une tendance. Elle constitue un levier stratégique pour réduire la dépendance énergétique, améliorer la balance commerciale et inscrire durablement l’économie tunisienne dans une trajectoire de croissance verte », conclut Ridha Mrabet.

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