Tunisie-Jordanie : cap sur un partenariat stratégique en 2026

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Soixante-dix ans de relations diplomatiques entre Tunis et Amman constituent un socle solide, mais les deux pays entendent désormais aller plus loin. Une rencontre récente entre l’ambassadrice tunisienne en Jordanie et une sénatrice jordanienne de premier plan a ouvert la voie à une feuille de route ambitieuse, couvrant aussi bien la sphère parlementaire que les secteurs économique, culturel et scientifique.

Une rencontre diplomatique aux ambitions multiples

C’est à Amman que s’est tenue cette réunion entre Moufida Zribi, ambassadrice de Tunisie en Jordanie, et Ihsan Barakat, présidente du groupe d’amitié Jordanie-Tunisie au Sénat jordanien. Plusieurs membres de ce groupe parlementaire ont également pris part aux échanges, conférant à la rencontre un caractère à la fois institutionnel et opérationnel. L’ambassade de Tunisie à Amman a confirmé la tenue de cette réunion dans un communiqué publié mardi, relayé notamment par Webmanagercenter.

L’ordre du jour portait sur un spectre large de domaines de coopération : politique, parlementaire, économique, touristique, culturel et scientifique. Loin de se cantonner à des déclarations de principe, les deux parties ont cherché à définir des mécanismes concrets pour dynamiser leurs échanges, en s’appuyant sur les fondements historiques qui lient les deux nations depuis sept décennies.

L’année 2026 a été identifiée comme un horizon symbolique et stratégique. Elle marquera le 70e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques tuniso-jordaniennes, une occasion que les deux parties souhaitent célébrer par des actions tangibles plutôt que par de simples commémorations protocolaires. Un programme de travail commun est ainsi en cours d’élaboration pour structurer cette dynamique sur l’ensemble de l’année.

Coopération parlementaire et convergence législative au cœur des discussions

L’un des axes les plus structurants de cette rencontre concerne le renforcement des liens entre les deux institutions législatives. Tunisie et Jordanie partagent des traditions parlementaires distinctes, mais leurs élus voient dans l’échange d’expertises législatives une opportunité de modernisation mutuelle. La coopération interparlementaire, souvent sous-estimée dans les relations bilatérales, peut pourtant jouer un rôle déterminant dans l’harmonisation des cadres réglementaires, notamment dans des domaines comme l’investissement étranger, la protection des données ou encore le droit commercial.

Ihsan Barakat et Moufida Zribi ont insisté sur la nécessité d’intensifier les visites interparlementaires, les séminaires thématiques et les missions d’observation, afin de tisser des liens durables entre les législateurs des deux pays. Ces échanges ne se limitent pas à une dimension technique : ils renforcent également la compréhension mutuelle des réalités politiques et sociales propres à chacun des deux États.

La question des positions communes sur les dossiers régionaux et internationaux a également été abordée. Dans un contexte régional marqué par de nombreuses tensions, la Tunisie et la Jordanie partagent une approche fondée sur le dialogue, le respect de la souveraineté nationale et le règlement pacifique des différends. Cette convergence de vue constitue un levier pour renforcer leur coordination au sein des instances multilatérales, qu’il s’agisse de la Ligue arabe, des Nations Unies ou d’autres forums internationaux.

Un engagement commun pour la stabilité régionale

Les deux parties ont réaffirmé leur attachement aux principes de non-ingérence et de coopération pacifique entre États. Dans un environnement géopolitique instable, cette posture commune représente un point d’ancrage important pour les deux capitales. La coordination entre Tunis et Amman sur les grandes questions régionales — qu’il s’agisse du conflit israélo-palestinien, des crises au Sahel ou des enjeux migratoires en Méditerranée — pourrait gagner en cohérence grâce à des mécanismes de concertation réguliers.

Économie, tourisme et culture : des secteurs à fort potentiel inexploité

Au-delà de la diplomatie parlementaire, c’est sur le terrain économique que les attentes sont les plus concrètes. Les échanges commerciaux entre la Tunisie et la Jordanie restent en deçà de leur potentiel réel, malgré des complémentarités évidentes dans des secteurs comme l’agroalimentaire, les industries pharmaceutiques, les technologies de l’information ou encore les énergies renouvelables.

La réunion d’Amman a mis en lumière la volonté des deux parties d’élargir les perspectives de coopération économique et commerciale, notamment en favorisant les partenariats entre entreprises privées des deux pays. Des missions économiques croisées, des salons professionnels conjoints ou encore des accords de reconnaissance mutuelle pourraient figurer parmi les outils mobilisés dans le cadre du programme 2026.

Le tourisme représente un autre levier d’intégration significatif. La Jordanie, forte de ses sites archéologiques mondialement connus comme Pétra ou la mer Morte, et la Tunisie, avec ses destinations balnéaires et son riche patrimoine punique et romain, disposent d’atouts complémentaires. Le développement de circuits touristiques combinés ou de partenariats entre agences de voyages des deux pays pourrait contribuer à diversifier l’offre tout en renforçant les flux de visiteurs dans les deux sens.

Culture et académie : des ponts à consolider

La coopération culturelle et académique constitue peut-être le domaine où les liens entre Tunisie et Jordanie sont les plus anciens, mais aussi ceux qui méritent d’être régulièrement renouvelés. Les échanges universitaires, les programmes de bourses, les partenariats entre institutions culturelles et les projets de recherche conjoints figurent parmi les pistes évoquées lors de la rencontre.

Les deux pays disposent de traditions intellectuelles et artistiques riches, qui peuvent se nourrir mutuellement. La promotion de la langue arabe, la valorisation des patrimoines communs et le soutien aux créateurs des deux rives constituent autant d’axes sur lesquels une coopération plus structurée est envisageable. Des accords-cadres entre universités tunisiennes et jordaniennes, ou entre institutions culturelles nationales, pourraient prochainement formaliser ces ambitions.

La rencontre entre Moufida Zribi et Ihsan Barakat s’inscrit ainsi dans une dynamique de renouvellement des relations tuniso-jordaniennes, portée par la perspective d’un anniversaire diplomatique majeur. Les mois à venir diront si ce programme de travail commun se traduira par des initiatives concrètes, mesurables et durables pour les deux peuples.

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