Tunisie : 1000 opérations de la cataracte gratuites le 23 mai

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Le ministère tunisien de la Santé s’apprête à lancer une opération médicale d’envergure nationale. Le 23 mai prochain, près de mille patients atteints de la cataracte pourront bénéficier d’une chirurgie entièrement gratuite dans des hôpitaux et cliniques répartis sur l’ensemble du territoire. Une mobilisation sans précédent qui place l’équité d’accès aux soins au cœur du débat sanitaire tunisien.

Une journée nationale dédiée à la santé oculaire

C’est dans la matinée du lundi 11 mai que le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a tenu une réunion de coordination avec ses équipes pour affiner les derniers préparatifs de la deuxième édition de la Journée nationale de la santé oculaire. Organisée en partenariat avec l’association « One Day One Dream », cette journée est calée au samedi 23 mai et vise à traiter gratuitement environ un millier de Tunisiens souffrant de cataracte, une pathologie qui affecte progressivement la vision jusqu’à provoquer une cécité totale si elle n’est pas prise en charge à temps.

La cataracte reste l’une des principales causes de déficience visuelle en Tunisie, notamment chez les personnes âgées et les populations à faibles revenus qui renoncent souvent aux soins en raison du coût élevé de l’intervention chirurgicale et des implants intraoculaires. C’est précisément pour contourner cet obstacle financier que le dispositif a été conçu dans sa globalité.

Selon les informations relayées par Espacemanager, l’initiative mobilise pas moins de 28 hôpitaux publics et 20 cliniques privées, formant ainsi un réseau de soins réparti géographiquement pour couvrir le maximum de régions. Cette complémentarité entre le secteur public et le secteur privé constitue l’un des piliers de l’opération, illustrant une forme de convergence institutionnelle rare dans le paysage sanitaire tunisien.

Une prise en charge complète, du diagnostic au suivi post-opératoire

Ce qui distingue cette journée d’une simple campagne de chirurgie oculaire, c’est l’étendue du dispositif d’accompagnement mis en place. La gratuité ne se limite pas à l’acte opératoire lui-même : les implants oculaires et les médicaments nécessaires avant et après l’intervention seront également fournis sans frais aux bénéficiaires. Un suivi post-opératoire rigoureux est prévu pour s’assurer que la récupération visuelle se déroule dans les meilleures conditions.

Mais le volet logistique mérite aussi d’être souligné. Pour les patients résidant dans des zones éloignées des structures hospitalières retenues, une aide au transport et, si nécessaire, à l’hébergement sera mobilisée. Une attention particulière est portée aux titulaires de cartes de soins à tarif réduit, considérés comme prioritaires dans l’attribution des créneaux chirurgicaux. Ces citoyens, souvent confrontés à des délais d’attente interminables ou à des coûts prohibitifs, sont au cœur de la cible de cette initiative.

La coordination entre les différentes structures participantes suppose une organisation logistique fine. Les détails pratiques — notamment les modalités d’inscription et les points d’orientation des patients — seront communiqués dans les prochains jours par les directions régionales de la santé, afin que chaque gouvernorat puisse orienter efficacement ses administrés vers les établissements concernés.

Un partenariat public-privé au service de l’équité sanitaire

L’implication de vingt cliniques privées aux côtés des hôpitaux publics n’est pas anodine. Elle traduit une volonté d’aller au-delà des clivages institutionnels pour atteindre un objectif commun : rendre la chirurgie ophtalmologique accessible à ceux qui en ont le plus besoin. Ce type de collaboration reste encore rare dans le secteur de la santé en Tunisie, où les tensions entre offre publique et secteur libéral sont fréquentes. La Journée nationale de la santé oculaire semble dessiner un modèle alternatif, fondé sur la complémentarité plutôt que la concurrence.

L’association « One Day One Dream » joue un rôle de catalyseur dans cette démarche. En fédérant des acteurs d’horizons différents autour d’une cause médicale concrète, elle offre un cadre opérationnel qui facilite la mise en œuvre de ce genre d’initiative à grande échelle. La première édition de cette journée avait déjà permis de mesurer les défis organisationnels liés à ce type d’opération, et les enseignements tirés semblent avoir été intégrés dans la préparation de cette deuxième édition.

La vision du ministre Ferjani : un droit effectif aux soins pour tous

Pour Mustapha Ferjani, cette opération dépasse le cadre purement médical. Elle s’inscrit dans une conception de la santé publique qui refuse de traiter l’accès aux soins comme un privilège réservé à ceux qui peuvent se le permettre financièrement. Redonner la vue à des centaines de Tunisiens, c’est aussi leur restituer une autonomie dans leur quotidien : la capacité à lire, à travailler, à se déplacer seul, à participer à la vie sociale et familiale.

Le ministre a réaffirmé que chaque citoyen tunisien devrait pouvoir bénéficier de soins sûrs, accessibles géographiquement et de qualité, indépendamment de sa situation économique ou de son lieu de résidence. Une ambition qui se heurte encore à de nombreuses contraintes structurelles — manque de spécialistes en régions, plateaux techniques insuffisants dans certains hôpitaux de district, listes d’attente qui s’allongent — mais que des initiatives comme celle-ci contribuent à concrétiser, au moins ponctuellement.

Au-delà de l’impact individuel sur les patients opérés, cette journée envoie un signal politique : la solidarité nationale en matière de santé n’est pas qu’un slogan. Elle peut se traduire par des actes mesurables, des chiffres vérifiables, et des vies transformées. Mille opérations gratuites en une seule journée, dans un contexte de pression budgétaire sur le système de santé tunisien, représentent une performance logistique et humaine qui mérite d’être observée attentivement.

Les résultats de cette deuxième édition serviront sans doute de référence pour évaluer la pertinence d’un tel modèle et sa possible reconduction à plus grande échelle, voire son extension à d’autres spécialités médicales déficitaires en termes d’accès aux soins pour les populations vulnérables.

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