Un but de Ghaith Zaanouni dans les prolongations, et c’est toute l’histoire du championnat tunisien 2025-2026 qui bascule. Dimanche 10 mai, au stade de Radès, le Club Africain a arraché sa 14e couronne nationale face à l’Espérance de Tunis sur le score de 1-0, infligeant aux «Sang et Or» une défaite douloureuse à domicile, devant leurs propres supporters. Un titre qui revenait au club de Bab Jedid pour la première fois depuis 2015, selon Kapitalis.
Une Espérance brillante mais stérile
Les occasions, l’Espérance en a eu. Plusieurs, même. Mais la réalité des filets adverses semblait inaccessible à ses attaquants, qui ont buté encore et encore sur leur propre maladresse, sinon sur leur manque de sang-froid au moment décisif. Cette incapacité récurrente à concrétiser les situations créées a constitué le fil rouge d’une saison entière pour les Espérantistes, et le match de dimanche n’a fait que confirmer une tendance déjà bien installée.
Manque d’adresse, fébrilité dans la surface adverse ou déficit de concentration collective ? Les trois facteurs semblent avoir coexisté tout au long de l’exercice. Le résultat est là : une saison qui se referme sans titre de champion, avec en prime une élimination en demi-finales de la Ligue des Champions africaine face aux Sud-Africains de Mamelodi Sundowns. Une double déception pour un club qui affichait, sur le papier, l’un des effectifs les plus fournis et les plus coûteux du football national.
Car c’est là que le bât blesse. L’Espérance de Tunis dispose, en termes de valeur marchande de son effectif, d’une avance considérable sur l’ensemble de ses concurrents locaux. Pourtant, cette richesse en termes de ressources humaines et financières ne s’est pas traduite sur le terrain par la domination attendue. Des questions légitimes se posent donc sur la gestion du club, qu’elle soit administrative, sportive ou technique. Le club de Bab Souika a connu des périodes glorieuses avec des moyens bien inférieurs à ceux dont il dispose aujourd’hui. Ce contraste alimente les interrogations sur les orientations prises ces dernières années.
Avec quelques rencontres de Coupe de Tunisie encore à disputer, il reste à l’Espérance une fenêtre pour terminer la saison sur une note moins amère. Mais le bilan d’ensemble s’impose comme un exercice incontournable : revoir certains choix, réformer les structures, identifier les failles pour mieux repartir. Sans cela, le club risque de s’installer dans une médiocrité relative qui contraste avec ses ambitions affichées.
La renaissance du Club Africain signée Benzarti
Du côté du Club Africain, c’est une tout autre histoire qui s’écrit. Les «Clubistes» ont affiché tout au long de la saison une cohérence tactique et une solidité mentale qui tranchent avec les versions précédentes de l’équipe. Cette transformation, difficile à attribuer à un seul facteur, porte néanmoins la marque du coach Faouzi Benzarti, dont le talent pour fédérer un groupe et imprimer une identité de jeu n’est plus à démontrer dans le football tunisien.
Benzarti a su tirer le meilleur d’un effectif qui n’est pas le plus clinquant financièrement, en instillant une discipline collective et un état d’esprit conquérant. Le but décisif de Ghaith Zaanouni, un défenseur, dans les prolongations, résume à lui seul cette mentalité : tout le monde est impliqué, jusqu’au dernier instant, y compris les joueurs de l’arrière-garde. C’est souvent ce genre de détails qui distingue une équipe championne d’une équipe simplement compétitive.
Ce titre représente aussi une revanche symbolique pour un club qui a traversé des années de turbulences sportives et institutionnelles. Retrouver le sommet du football tunisien après plus d’une décennie d’attente n’est pas anodin. Il témoigne d’un travail de reconstruction patient, qui commence à porter ses fruits de la manière la plus concrète qui soit : en soulevant un trophée.
Un championnat tunisien qui se rééquilibre
Au-delà du duel entre les deux clubs de la capitale, cette saison envoie un signal fort sur l’état du football professionnel tunisien. Plusieurs formations ont démontré leur capacité à rivaliser avec les grandes équipes historiques. Le Stade Tunisien a confirmé sa montée en puissance, l’Union Sportive Monastirienne a imposé son style, et le Club Sportif Sfaxien se dispute actuellement la deuxième place du classement avec l’Espérance, ce qui lui ouvrirait les portes de la prochaine Ligue des Champions africaine.
L’Étoile du Sahel, autre monument du football local, n’a pas encore retrouvé son niveau d’antan, mais son retour au premier plan reste une perspective évoquée par les observateurs du championnat. Si ce retour se concrétise la saison prochaine, la Ligue 1 professionnelle tunisienne pourrait présenter un plateau encore plus relevé.
Ce rééquilibrage des forces est une bonne nouvelle pour le football tunisien dans son ensemble. Un championnat prévisible, dominé saison après saison par un seul club, nuit à la compétitivité générale et à l’attractivité de la compétition. La saison 2025-2026 a montré qu’une autre dynamique est possible, que les résultats ne sont plus écrits à l’avance et que des équipes bien organisées peuvent venir à bout des favoris, même sur leur pelouse, même dans les grandes occasions.
L’Espérance reste un acteur majeur du paysage footballistique tunisien, mais elle devra se réinventer pour retrouver l’hégémonie qui était la sienne. En face, le Club Africain champion confirme que le mérite finit toujours par s’imposer, sur la durée d’une saison comme dans les prolongations d’un match décisif.

