La date est désormais fixée. Sabri Lamouchi, sélectionneur de l’équipe nationale de football de Tunisie, a confirmé qu’il rendra publique sa liste des 26 joueurs retenus pour la Coupe du monde 2026 le 15 mai prochain. La compétition, co-organisée par le Canada, les États-Unis et le Mexique, débutera officiellement le 11 juin. Dans un entretien accordé à la page officielle de la Fédération tunisienne de football (FTF), le technicien franco-tunisien a livré ses premières impressions à la tête des Aigles de Carthage, évoquant la préparation, l’évaluation du championnat local et ses ambitions pour le tournoi planétaire.
Un premier rassemblement jugé positivement malgré les contraintes de temps
Lamouchi n’a pas caché sa satisfaction après ce premier contact avec le groupe national. Les rencontres amicales disputées face à Haïti et au Canada lui ont permis de faire tourner l’effectif et d’observer un large panel de profils. « Il y a eu beaucoup de nouveaux et de jeunes joueurs. On a voulu en voir un maximum pour avoir des réponses, mais j’ai été agréablement surpris de l’écoute et de l’investissement de tous », a-t-il déclaré.
Le technicien a néanmoins rappelé les contraintes inhérentes à ce premier regroupement : une semaine de travail seulement, cinq séances d’entraînement et deux matchs à disputer. « Avec un nouveau coach et un nouveau staff, il y avait d’abord une phase d’observation, mais je devais surtout aller tout de suite à l’essentiel », a-t-il expliqué. Au total, 23 joueurs ont été utilisés sur les deux rencontres, un chiffre qu’il qualifie de « très positif ».
Sur la question des gardiens de but, Lamouchi a évoqué une concurrence particulièrement serrée. « On a cinq gardiens qui sont plus ou moins au même niveau, et c’est une question de timing, de confiance, de sérénité », a-t-il indiqué. Un constat qui illustre la richesse des options disponibles à ce poste, même si le sélectionneur reconnaît que le chantier collectif est encore loin d’être finalisé : « Le bilan pour moi est extrêmement positif, mais on est très loin de ce qu’on veut mettre en place. »
Sur le plan des exigences, Lamouchi a tenu à recadrer les attentes : « Ce n’est pas le coach Sabri Lamouchi qui est exigeant, c’est le niveau où l’équipe nationale tunisienne veut jouer qui demande de l’exigence. » Il a ajouté que l’ensemble du groupe, lui inclus, devait s’inscrire dans un état d’esprit conquérant, avec « une mentalité que le haut niveau demande ».
Championnat tunisien et critères de sélection : des clarifications nécessaires
Le sélectionneur est revenu sur une polémique née lors de sa première conférence de presse, où des propos le qualifiant de critique envers le championnat tunisien lui auraient été faussement attribués. « À la première conférence de presse, on m’avait dit que le championnat tunisien était un peu ennuyeux, et j’avais repris la phrase d’un journaliste », a-t-il mis au point.
Lamouchi a tout de même reconnu un manque de rythme et d’intensité sur les pelouses locales, tout en nuançant son propos : « On ne s’ennuie pas, dans le stade il y a de l’ambiance, ça devient intéressant parce qu’il y a un enjeu en haut comme en bas. » Il a précisé avoir observé plusieurs joueurs locaux, notamment issus des rangs de Monastir, du Club Africain et d’autres formations. « On y est très attentif, on a l’obligation d’être sur les terrains, de sentir le niveau de ce championnat qui n’est pas encore décidé », a-t-il insisté.
Concernant les critères de sélection, le coach a tenu à dissiper toute ambiguïté sur d’éventuelles pressions liées à l’appartenance clubiste des joueurs. « Dans tous les stades où j’ai pu passer, les supporters du Club Africain me sollicitent pour que leurs joueurs soient sélectionnés, même chose pour ceux de l’Étoile ou de l’Espérance, mais moi je ne sélectionne pas un joueur de tel ou tel club, je sélectionne un joueur tunisien pour jouer avec l’équipe nationale », a-t-il tranché.
Sa philosophie de sélection repose sur un seul critère : la capacité à faire gagner l’équipe. « Je prendrai tous les joueurs capables de faire gagner l’équipe nationale. Il n’est pas question pour moi de prendre un joueur, qu’il soit en Europe ou ailleurs, alors qu’il y a un meilleur joueur ici », a-t-il affirmé, tout en précisant ne pas chercher à créer de surprises mais à constituer une équipe compétitive et cohérente.
Préparation au Mondial : cap sur Tabarka, Vienne et Bruxelles
La feuille de route de la préparation tunisienne pour le Mondial 2026 se dessine progressivement. Le stage de préparation débutera à Tabarka, un choix que Lamouchi justifie par des conditions climatiques proches de celles attendues à Monterrey, au Mexique, ville où la Tunisie disputera ses matchs de groupe. « Je voulais qu’on fasse une préparation en Tunisie, où on serait dans les mêmes conditions qu’on va rencontrer à Monterrey », a-t-il expliqué.
Le groupe devrait séjourner à Tabarka entre le 20 et le 30 mai, une période consacrée au travail physique et tactique. « Ce sera l’unique occasion de travailler physiquement et tactiquement », a précisé Lamouchi, qui s’est montré agréablement surpris par les infrastructures du site. L’encadrement technique juge le lieu « idéal » pour la mise en place du projet de jeu.
Après ce stage tunisien, les Aigles de Carthage mettront le cap sur l’Europe avec deux matchs amicaux de haute tenue : d’abord face à l’Autriche à Vienne, puis face à la Belgique à Bruxelles le lendemain. Ces deux confrontations serviront de répétition générale avant l’entrée en lice mondiale.
Lamouchi a toutefois exprimé des réserves sur l’état physique de certains éléments clés. Des joueurs comme Talbi, Hannibal Mejbri et Bronn présentent des problèmes physiques, tandis que d’autres, à l’image d’Ismaël Gharbi, manquent de temps de jeu dans leurs clubs respectifs. Une situation qui impose une gestion fine des charges d’entraînement. « Il va falloir faire attention aux uns et aux autres, sans perdre de vue que l’objectif, ce n’est pas de battre l’Autriche et la Belgique pour perdre ensuite », a-t-il averti, insistant sur la montée en puissance progressive souhaitée.
Sur les ambitions du groupe au Mondial, Lamouchi a livré une analyse lucide et mesurée : « Tout le monde sait qu’on ne va pas jouer cette Coupe du monde pour la gagner, mais on doit donner le maximum pour donner la meilleure image du football tunisien. » Une déclaration qui reflète un équilibre entre réalisme sportif et fierté nationale.

