Tunisie : La grève des taxis suspendue après des engagements forts du gouvernement

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Une grève évitée de justesse dans le transport non régulier de personnes

Le secteur du transport public non régulier de personnes en Tunisie a frôlé une perturbation majeure. Prévue pour ce lundi 27 avril, la grève des taxis et autres professionnels du secteur a finalement été suspendue in extremis, dans la nuit du dimanche, grâce à une série de négociations intensives entre les représentants patronaux, syndicaux et les autorités compétentes. L’annonce officielle a été publiée par l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), mettant fin à plusieurs jours de tensions et d’incertitudes pour des milliers d’usagers et de professionnels.

Cette suspension n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un processus de concertation soutenu, marqué par des engagements gouvernementaux concrets sur plusieurs dossiers revendicatifs restés longtemps en suspens. Retour sur les dessous d’une crise sociale évitée et sur les réformes promises au secteur.

Des négociations de dernière minute couronnées de succès

Selon le communiqué officiel diffusé dimanche soir, la décision de suspendre la grève résulte de l’intervention conjointe de la direction de l’UTICA et de la Fédération nationale du transport, en étroite coordination avec les structures syndicales affiliées au secteur. Ces discussions, menées dans l’urgence, ont permis de débloquer plusieurs points de friction majeurs qui avaient conduit à l’appel initial à la cessation d’activité.

Au cœur des revendications figurent des dossiers professionnels laissés sans réponse depuis plusieurs mois, voire plusieurs années : la révision des tarifs, la mise à jour du cadre légal, et la régulation des conditions d’exercice du métier. Face à l’imminence de la grève, les parties prenantes ont convenu d’un calendrier précis pour traiter l’ensemble de ces problématiques, avec un délai maximal fixé au 31 août 2026 pour leur mise en œuvre effective.

Un délai butoir pour résoudre les dossiers en suspens

L’un des points essentiels de l’accord concerne l’engagement ferme des autorités à examiner et résoudre les dossiers revendicatifs du secteur avant la fin août 2026. Cette échéance, bien que perçue par certains professionnels comme lointaine, constitue néanmoins une avancée notable dans un contexte où les promesses restaient habituellement lettre morte. Les représentants du secteur ont accepté de lever le mouvement social en échange de cette garantie formalisée.

Une hausse tarifaire enfin à l’ordre du jour

Parmi les revendications les plus sensibles, la question de la révision des tarifs occupe une place centrale. Les professionnels du transport non régulier réclamaient depuis longtemps une augmentation des prix de courses, rendue nécessaire par la hausse du coût de l’énergie, l’inflation et la dégradation générale du pouvoir d’achat. Une première promesse de revalorisation tarifaire avait été formulée pour fin mars 2026, mais elle n’avait jamais été concrétisée, alimentant ainsi le mécontentement du secteur.

Dans le cadre des nouveaux engagements, un accord a été trouvé pour traiter cette question au cours du mois de juin 2026, en concertation directe avec les professionnels. Cette approche participative est saluée par les représentants du secteur, qui souhaitent être pleinement associés à la définition des nouveaux barèmes tarifaires plutôt que de se voir imposer des décisions unilatérales.

Des réformes réglementaires attendues depuis longtemps

Au-delà de la tarification, les négociations ont également porté sur plusieurs chantiers réglementaires d’importance. Les discussions se poursuivent avec le ministère des Transports afin de trancher des dossiers qui bloquent le développement et la modernisation du secteur depuis plusieurs années. Parmi les engagements pris figure notamment la publication de la version définitive de la loi n°33 de 2024, un texte fondamental pour encadrer l’activité des professionnels du transport non régulier, dont la finalisation avait été retardée faute de consultation suffisante avec les acteurs concernés.

Un calendrier de réformes structurantes pour le secteur

Les engagements gouvernementaux ne se limitent pas à la seule question tarifaire. Ils s’inscrivent dans une démarche plus large de réforme du cadre juridique et réglementaire du transport de personnes en Tunisie, un secteur qui souffre depuis longtemps d’un arsenal législatif vieillissant et inadapté aux réalités contemporaines du marché.

Révision du décret n°581 et du règlement des stations

Parmi les chantiers prioritaires identifiés lors des négociations, figure l’élaboration d’un calendrier précis pour amender et finaliser le décret n°581 du 7 septembre 2023. Ce texte réglementaire, dont certaines dispositions sont jugées inadaptées par les professionnels, devra être révisé en intégrant les observations et propositions des représentants du secteur.

Par ailleurs, les parties se sont engagées à mettre au point un règlement spécifique encadrant l’activité des transporteurs dans les stations. Ce document, élaboré avec la participation directe des professionnels, vise à clarifier les règles de fonctionnement, à réduire les conflits récurrents et à améliorer les conditions de travail au quotidien.

La révision de l’arrêté de 2010 également sur la table

Enfin, le dossier de négociation inclut la révision de l’arrêté du ministre du Transport du 22 janvier 2010, un texte vieux de plus de quinze ans dont certaines dispositions sont considérées comme obsolètes au regard des évolutions du secteur. Si le délai précis pour cette révision reste encore à définir, son inscription dans l’agenda des réformes constitue déjà une reconnaissance des revendications portées depuis longtemps par les professionnels.

Un secteur sous tension chronique en quête de stabilité

Cette suspension de grève intervient dans un contexte de tensions récurrentes entre les professionnels du transport non régulier et les pouvoirs publics. Depuis plusieurs années, les chauffeurs de taxi et les acteurs du secteur font face à une accumulation de difficultés : concurrence accrue des plateformes numériques, hausse des charges d’exploitation, inadaptation du cadre légal et sentiment d’être insuffisamment entendus par les autorités.

Les engagements pris lors de ces négociations de dernière minute constituent donc une étape importante, mais les professionnels restent vigilants. La crédibilité de ces promesses dépendra de leur mise en œuvre effective dans les délais annoncés. Le secteur du transport non régulier de personnes en Tunisie attend désormais des actes concrets, après des années de promesses non tenues.

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