Un court métrage tunisien à portée écologique et sociale s’apprête à franchir les portes de l’une des vitrines cinématographiques les plus prestigieuses au monde. Sous l’eau, signé par le réalisateur Hamdi Jouini, a été sélectionné pour figurer au Short Film Corner du Marché du Film de Cannes, événement professionnel organisé en marge du célèbre festival. Une présence qui offre au film et à son équipe une exposition internationale rare pour une production tunisienne indépendante.
Un récit ancré dans les fractures de la crise climatique
Sous l’eau n’est pas un film catastrophe au sens spectaculaire du terme. C’est au contraire un drame intime, d’une durée de trente minutes, qui choisit de raconter la crise écologique à hauteur d’homme. Le personnage central, Tarek, est un père confronté à une réalité que les chiffres et les rapports institutionnels peinent à traduire : sa fille souffre d’une maladie chronique directement liée à la dégradation de la qualité de l’air. Mu par le désir de lui offrir un cadre de vie plus sain, il prend la décision de rejoindre une zone côtière, espérant y trouver une forme de répit. Mais cette migration familiale, loin de résoudre le problème, ouvre la voie à de nouvelles épreuves.
Ce que le film interroge avec acuité, c’est moins la catastrophe elle-même que les failles des systèmes censés y répondre. L’administration, la justice, les institutions : autant de structures qui, dans le récit de Jouini, se révèlent incapables d’absorber les nouvelles réalités imposées par le dérèglement climatique. La question de la justice climatique et des inégalités environnementales — thématiques de plus en plus centrales dans les débats internationaux — constitue le fil conducteur de cette fiction engagée.
Produit par Aflem AW avec le soutien de la Rosa Luxemburg Foundation, le projet porte une approche à la fois sensible et revendicative, cherchant à humaniser des enjeux souvent perçus comme abstraits par une large partie du public.
Une équipe technique et artistique au service d’un projet ambitieux
Derrière la caméra, Hamdi Jouini cumule les fonctions de réalisateur et de scénariste, assumant ainsi une vision cohérente du projet de bout en bout. Il est entouré d’une équipe technique dont chaque membre apporte une expertise distincte : Tarak Lazhari assure la direction de production, Mouheb Bouden signe la direction de la photographie, Amal Rouissi prend en charge le montage, tandis que Karim Thlibi compose la bande originale musicale du film.
Du côté du casting, Sous l’eau réunit des comédiens tunisiens reconnus. Badis Galaoui, Mariem Ben Hassen, Kmar Jouini, Jamel Madani et Abdelmonem Chouayet composent un ensemble dont le jeu contribue à ancrer le récit dans une vérité émotionnelle et sociale palpable. La distribution de ces rôles dans un film traitant de thématiques aussi contemporaines illustre la capacité du cinéma tunisien à mobiliser ses talents autour de sujets à résonance universelle.
Aflem AW, la structure de production qui porte le film, est la branche cinématographique de l’entreprise tunisienne La Com Chez Vous. Elle se consacre au développement et à l’accompagnement de projets audiovisuels via la production, la coproduction et la distribution, positionnant ainsi la Tunisie sur la carte des industries créatives régionales.
Cannes comme levier de visibilité pour le cinéma tunisien
La sélection au Short Film Corner du Marché du Film de Cannes représente bien plus qu’une simple inscription dans un catalogue professionnel. Cet espace, pensé pour favoriser les échanges entre cinéastes, producteurs, distributeurs et acheteurs internationaux, constitue un véritable accélérateur pour les projets qui y figurent. Pour une production tunisienne indépendante comme Sous l’eau, y être présent signifie s’exposer à des décideurs et des partenaires potentiels venus du monde entier.
Le Marché du Film de Cannes est reconnu comme l’un des marchés cinématographiques les plus actifs à l’échelle mondiale. Des milliers de professionnels s’y retrouvent chaque année pour acheter, vendre, financer et co-développer des projets. Dans ce contexte, le Short Film Corner joue un rôle spécifique : donner aux formats courts — souvent moins visibles que les longs métrages — une plateforme d’exposition à la hauteur de leur ambition artistique.
Pour Hamdi Jouini et son équipe, cette participation ouvre des perspectives concrètes en matière de diffusion internationale, de co-productions futures et de reconnaissance dans les circuits du cinéma d’auteur mondial. À travers Sous l’eau, c’est aussi une certaine vision du cinéma tunisien engagé qui s’exporte — celle qui choisit de regarder en face les tensions sociales et environnementales du temps présent, plutôt que de les contourner.
Selon les informations relayées par Kapitalis, la présence du film à Cannes marque une étape structurante dans le développement d’Aflem AW sur la scène internationale, confirmant l’appétit d’une nouvelle génération de cinéastes tunisiens pour des récits ancrés dans les préoccupations contemporaines les plus urgentes.

