En marge du Sommet Afrique–France tenu sous le slogan « Afrique en avant », la Cheffe du gouvernement tunisien Sarra Zaafrani Zenzri a affiché une ambition claire : faire des startups tunisiennes des acteurs incontournables de l’économie numérique africaine et mondiale. Une rencontre stratégique qui illustre la volonté de Tunis de repositionner son écosystème entrepreneurial sur l’échiquier international, notamment à travers le levier de l’intelligence artificielle.
Un sommet comme tribune pour l’entrepreneuriat tunisien
La présence de Sarra Zaafrani Zenzri au Sommet Afrique–France n’était pas qu’une participation protocolaire. La Cheffe du gouvernement a saisi cette plateforme de haut niveau pour mettre en lumière le potentiel des jeunes entreprises technologiques tunisiennes, en particulier celles évoluant dans le domaine de l’intelligence artificielle. L’événement, qui rassemble décideurs politiques, investisseurs et entrepreneurs des deux continents, constitue un terrain fertile pour tisser des partenariats à forte valeur ajoutée.
La Tunisie a multiplié ces dernières années les initiatives visant à structurer son écosystème startup, avec notamment la loi sur les startups adoptée en 2019, considérée comme l’une des plus progressistes du continent africain. Ce cadre réglementaire a permis l’émergence de dizaines d’entreprises innovantes dans des secteurs tels que la fintech, l’agritech, l’edtech ou encore la santé numérique. Mais le passage à l’international reste un défi de taille pour bon nombre de ces structures, souvent freinées par un accès limité aux marchés étrangers et aux financements internationaux.
C’est précisément sur ce point que la Cheffe du gouvernement a insisté lors de ses échanges en marge du sommet. Selon les informations relayées par Tuniscope, Zaafrani Zenzri a rencontré plusieurs interlocuteurs clés pour plaider en faveur d’une meilleure intégration des startups tunisiennes dans les réseaux d’affaires francophones et africains. L’objectif affiché : transformer l’intelligence artificielle en vecteur de croissance et de rayonnement pour ces entreprises au-delà des frontières nationales.
L’IA comme levier de compétitivité pour l’écosystème tunisien
Le choix de mettre l’accent sur l’intelligence artificielle n’est pas anodin. Le secteur connaît une effervescence mondiale, et la Tunisie entend se positionner comme un hub régional dans ce domaine. Plusieurs startups tunisiennes ont déjà démontré leur capacité à concevoir des solutions d’IA compétitives, que ce soit dans l’automatisation des processus métiers, l’analyse de données ou encore le développement de plateformes conversationnelles.
Des entreprises comme InstaDeep, fondée par des Tunisiens et dont le siège est à Londres, ont montré la voie en s’imposant à l’échelle mondiale avant d’être rachetée par BioNTech pour plus d’un milliard de dollars en 2023. Cet exemple emblématique alimente l’espoir que l’écosystème tunisien peut produire des champions technologiques capables de rivaliser sur les marchés internationaux, à condition de bénéficier du soutien institutionnel et des connexions nécessaires.
C’est dans cette logique que s’inscrit la démarche de la Cheffe du gouvernement. En se faisant ambassadrice des startups tunisiennes sur la scène internationale, elle envoie un signal fort aux investisseurs étrangers, tout en encourageant les entrepreneurs locaux à penser leur développement au-delà du marché domestique. La diplomatie économique devient ainsi un outil au service de l’innovation.
Par ailleurs, l’Afrique représente un terrain d’expansion naturel pour les startups tunisiennes. Avec une population de plus d’un milliard trois cents millions d’habitants et une classe moyenne en croissance rapide, le continent offre des opportunités colossales dans des secteurs où l’IA peut jouer un rôle transformateur : agriculture, santé, éducation, services financiers. La proximité géographique et culturelle de la Tunisie avec plusieurs pays africains constitue un avantage compétitif que les entrepreneurs tunisiens commencent à mieux exploiter.
Des partenariats à construire entre la Tunisie, la France et l’Afrique
Le Sommet Afrique–France offre précisément le cadre idéal pour nouer ce type de collaborations tripartites. La France, qui entretient des liens historiques et économiques étroits avec de nombreux pays africains, peut jouer un rôle de facilitateur pour les startups tunisiennes cherchant à s’implanter sur le continent. Paris dispose d’un réseau d’investisseurs en capital-risque, d’incubateurs et d’accélérateurs spécialisés dans les marchés émergents, autant de ressources auxquelles les entrepreneurs tunisiens pourraient accéder plus facilement grâce à des accords de coopération renforcés.
La Cheffe du gouvernement a ainsi évoqué la nécessité de mettre en place des mécanismes concrets de coopération, notamment en matière de financement et d’accompagnement à l’export pour les entreprises innovantes. Des discussions auraient porté sur la possibilité de faciliter l’accès des startups tunisiennes aux fonds d’investissement français et européens, ainsi que sur le renforcement des programmes d’échange entre entrepreneurs des deux rives de la Méditerranée.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où la Tunisie cherche à diversifier ses partenariats économiques et à attirer davantage d’investissements directs étrangers dans le secteur technologique. Le gouvernement mise sur la qualité de la main-d’œuvre tunisienne, reconnue pour sa formation technique solide, comme argument de poids pour séduire les investisseurs et les grandes entreprises technologiques en quête de talent.
Du côté des startups elles-mêmes, les attentes sont fortes. Beaucoup d’entre elles peinent à franchir le cap de l’internationalisation faute d’un accompagnement adapté et de réseaux suffisamment développés. La présence de représentants gouvernementaux tunisiens dans des forums internationaux de cette envergure est perçue comme un signal positif, même si les entrepreneurs restent attentifs à la concrétisation des engagements pris lors de tels événements.
La question du financement reste centrale. Si la loi sur les startups a introduit des mécanismes innovants comme le label startup ou le chèque technologique, les montants mobilisés restent modestes comparés aux besoins réels des entreprises en phase de croissance internationale. L’accès à des fonds de série A et au-delà demeure limité en Tunisie, ce qui pousse de nombreuses startups à se financer à l’étranger, parfois au prix d’un déménagement de leur siège social hors du pays.
C’est l’un des défis structurels que les discussions menées en marge de sommets comme celui d’Afrique–France pourraient contribuer à adresser, en créant des ponts entre les écosystèmes d’investissement tunisien, français et africain. La dynamique enclenchée par Sarra Zaafrani Zenzri lors de cet événement devra toutefois se traduire par des actions tangibles pour produire des effets durables sur l’économie numérique tunisienne.

