Pas de film en lice pour la Palme d’Or cette année, mais la Tunisie s’impose malgré tout comme une présence active et structurée au Festival de Cannes 2026. Entre sélections parallèles, programme professionnel dense et célébrations symboliques, le cinéma tunisien démontre une fois de plus sa capacité à occuper le devant de la scène internationale, bien au-delà des palmarès officiels.
Des œuvres tunisiennes qui trouvent leur place dans les sections parallèles
L’absence dans la compétition principale ne signifie pas l’invisibilité. Deux courts-métrages tunisiens retiennent particulièrement l’attention cette année, illustrant deux facettes complémentaires d’une cinématographie en pleine effervescence.
Le premier, intitulé Sous l’eau, est signé par le réalisateur Hamdi Jouini et présenté au Short Film Corner du Marché du Film. Ce film de fiction d’une durée de 30 minutes, produit par Aflem AW avec le soutien de la Rosa Luxemburg Foundation, ancre son récit dans une réalité sociale et environnementale saisissante. L’histoire suit Tarek, un père dont la fille souffre d’une maladie chronique directement liée à la pollution atmosphérique. Dans l’espoir d’offrir à sa famille un cadre de vie plus sain, il envisage de s’installer sur un littoral préservé. Mais ce projet, aussi humble soit-il, se heurte aux rigidités administratives et aux lacunes juridiques que révèle la crise climatique. Le film aborde avec finesse les questions de justice environnementale et d’inégalités face aux dérèglements écologiques. Sa présence au Marché du Film lui assure une exposition directe auprès d’acheteurs, distributeurs et producteurs du monde entier.
Le second court-métrage, Somewhere I Belong, emprunte un registre plus introspectif. Réalisé par Youssef Handouse, étudiant à l’Institut Supérieur des Arts Multimédia de la Manouba (ISAMM), le film a été retenu dans la compétition La Cinef, section dédiée aux productions d’écoles de cinéma. Sélectionné parmi plus de 2 700 candidatures soumises cette année selon Le Quotidien, ce projet explore les thèmes de la mémoire, de l’appartenance et de la quête identitaire. Cette sélection dépasse la simple reconnaissance individuelle : elle témoigne de la qualité de l’enseignement cinématographique dispensé en Tunisie et de la maturité artistique d’une nouvelle génération de cinéastes formés sur le sol national.
Talents confirmés et dynamique professionnelle au cœur du festival
Cannes ne se résume pas aux projections. Le festival est aussi, et peut-être surtout, un carrefour professionnel où se nouent les collaborations et se construisent les projets de demain. Sur ce terrain, la Tunisie joue pleinement le jeu.
Dhafer L’Abidine, figure plurielle du cinéma arabe — acteur, réalisateur, producteur et scénariste — prendra part à un panel organisé par l’Arab Cinema Center. Les discussions porteront sur les coproductions régionales et les mécanismes de collaboration internationale, un enjeu central pour le développement d’une industrie cinématographique arabe compétitive à l’échelle mondiale. Sa participation illustre le rôle de passerelle que jouent certains artistes tunisiens entre les différentes aires culturelles et économiques du secteur audiovisuel.
Le compositeur Amine Bouhafa sera lui aussi présent sur la Croisette. Lauréat d’un César de la meilleure musique originale pour Timbuktu — le film de l’Mauritanien Abderrahmane Sissako — et auteur de nombreuses partitions saluées internationalement, Bouhafa participera le 18 mai à une rencontre organisée par la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM). Un rendez-vous attendu, au cours duquel il partagera sa vision artistique et son rapport singulier à la création musicale au service de l’image.
Le CNCI et les JCC : institution et mémoire au Pavillon tunisien
La présence institutionnelle tunisienne se matérialise cette année au Village international Pantiero, au numéro 205, où le Pavillon tunisien accueille le programme déployé par le Centre national du cinéma et de l’image (CNCI). Rencontres B2B, réunions avec des partenaires étrangers et actions de promotion de la Tunisie en tant que destination attractive pour les tournages internationaux structurent l’agenda de cette délégation officielle.
Mais c’est sans doute l’événement commémoratif qui donnera le plus de relief à cette présence. Le CNCI prévoit de célébrer le 60ème anniversaire des Journées cinématographiques de Carthage (JCC), l’un des festivals de cinéma les plus anciens du continent africain et du monde arabe. Créées en 1966, les JCC ont joué un rôle historique dans la promotion des cinématographies du Sud, bien avant que la notion de diversité culturelle ne devienne un impératif dans les politiques culturelles internationales. Fêter ce jubilé à Cannes, sur la scène la plus médiatisée du monde cinématographique, constitue un signal fort : la Tunisie entend faire valoir non seulement son présent créatif, mais aussi l’héritage qu’elle a contribué à bâtir.
Cette édition 2026 confirme ainsi que la visibilité d’un pays à Cannes ne se mesure pas uniquement à sa présence dans la sélection officielle. Elle se construit aussi dans les marges, les débats, les rencontres et les symboles — autant d’espaces où le cinéma tunisien continue, année après année, d’affirmer sa singularité et son ambition.

