À quelques mois du 70e anniversaire des relations diplomatiques tuniso-japonaises, Tokyo devient le théâtre d’une initiative qui pourrait offrir à la culture tunisienne une vitrine de premier plan sur le marché asiatique. L’ambassade de Tunisie dans la capitale japonaise a accueilli une réunion de travail avec les responsables du département international de Fuji Television Network, l’une des chaînes de télévision les plus influentes du Japon, en vue d’explorer les contours d’une future production médiatique conjointe.
Une rencontre diplomatique au service du rayonnement culturel
C’est dans les locaux de la représentation tunisienne à Tokyo que s’est tenu cet échange, rapporté par Webmanagercenter. Autour de la table : le diplomate tunisien en charge de la coopération économique au sein de l’ambassade, et Gaku Watanabe, directeur exécutif du département international de Fuji TV. Deux représentantes du même département ont également pris part aux discussions, signalant l’intérêt concret que la chaîne porte à ce projet.
La rencontre s’inscrit dans un calendrier précis : la commémoration du 70e anniversaire de l’établissement des liens diplomatiques entre Tunis et Tokyo. Un cap symbolique qui offre un cadre propice pour densifier les échanges bilatéraux, notamment dans des secteurs jusqu’ici peu exploités comme la coopération médiatique et culturelle.
Fuji Television Network n’est pas un interlocuteur anodin. Fondée en 1959, la chaîne fait partie des grands réseaux audiovisuels généralistes du Japon et dispose d’une audience nationale considérable, ainsi que d’une infrastructure internationale capable de porter des contenus vers un public diversifié. Un partenariat avec cette institution offrirait à la Tunisie un levier de visibilité rare sur l’archipel nippon et, potentiellement, dans d’autres marchés asiatiques.
Culture, tourisme et gastronomie au cœur du projet
Les discussions ont principalement tourné autour de la mise en place d’une production audiovisuelle commune. L’objectif déclaré : valoriser l’offre culturelle et touristique tunisienne auprès du public japonais, à travers un format télévisuel pensé pour toucher le grand public.
Parmi les axes évoqués lors de cette réunion, la gastronomie tunisienne occupe une place centrale. La richesse et la diversité des plats et spécialités culinaires du pays ont été identifiées comme un vecteur puissant de séduction et de découverte. Ce choix n’est pas anodin : au Japon, les émissions culinaires et les documentaires gastronomiques figurent parmi les formats télévisuels les plus regardés. Présenter la cuisine tunisienne — du couscous aux bricks, des tajines aux spécialités régionales — sur une plateforme de cette envergure pourrait contribuer à modifier l’image que les Japonais ont du Maghreb, souvent méconnue ou réduite à des clichés.
Au-delà de la gastronomie, le patrimoine matériel et immatériel de la Tunisie représente un autre pilier du projet envisagé. Sites archéologiques classés au patrimoine mondial, médinas historiques, traditions artisanales, paysages naturels variés — autant d’éléments susceptibles de nourrir un contenu attractif et original pour une audience japonaise en quête d’ailleurs. Le marché touristique japonais, bien que géographiquement éloigné, représente un vivier de voyageurs à fort pouvoir d’achat, sensibles aux destinations culturellement riches.
Un contexte diplomatique favorable à l’approfondissement des liens
La Tunisie et le Japon entretiennent des relations diplomatiques depuis 1956, année de l’indépendance tunisienne. Sept décennies de coopération ont été jalonnées de partenariats dans les domaines du développement, de la formation professionnelle et de la coopération technique, notamment à travers l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Mais la dimension culturelle et médiatique est restée, jusqu’à présent, largement en retrait par rapport aux volets économiques et techniques.
L’initiative portée par l’ambassade de Tunisie à Tokyo marque une tentative de rééquilibrage. En s’appuyant sur un événement commémoratif fort — le 70e anniversaire des relations bilatérales — la diplomatie tunisienne cherche à élargir le spectre de ses interactions avec le Japon, en investissant le champ du soft power culturel. Une stratégie que plusieurs pays de la région méditerranéenne ont déjà empruntée avec succès pour renforcer leur attractivité à l’international.
Du côté japonais, l’intérêt manifesté par Fuji TV pour ce type de collaboration reflète une tendance plus large de la télévision nippone à s’ouvrir aux contenus internationaux et aux destinations moins conventionnelles. Le Japon, dont les ressortissants voyagent massivement à l’étranger et consomment énormément de contenus liés aux voyages et aux cultures du monde, constitue un terrain réceptif à des productions mettant en lumière des pays comme la Tunisie.
Les détails opérationnels de cette future collaboration — format des productions, calendrier, financement — n’ont pas encore été rendus publics à ce stade. La réunion à Tokyo semble avoir posé les bases d’une discussion qui devra se poursuivre dans les prochaines semaines. Ce qui est certain, c’est que l’ambition affichée dépasse la simple production d’un épisode ou d’un reportage ponctuel : il s’agit bien de construire une coopération médiatique durable, capable d’alimenter régulièrement le public japonais en contenus tunisiens.
Pour la Tunisie, dont le secteur touristique cherche à diversifier ses marchés sources après plusieurs années de turbulences, l’Asie du Pacifique représente un horizon stratégique encore insuffisamment exploité. Un partenariat avec une chaîne de la stature de Fuji TV pourrait constituer un point d’entrée significatif dans cet espace, à condition que le projet se concrétise avec la profondeur et la régularité nécessaires pour produire un effet durable sur l’image du pays.

