C’est au Centre culturel international d’Hammamet qu’a été officiellement lancé, samedi 9 mai 2026, le projet «Meraviglia», porté par l’Association d’éducation relative à l’environnement (Aere) de Hammamet et financé par le programme Interreg Next Med de l’Union européenne. Une initiative qui entend transformer les défis environnementaux du bassin méditerranéen en véritables leviers économiques pour des jeunes et des femmes trop souvent laissés à l’écart du marché du travail.
Un projet méditerranéen ancré dans les réalités tunisiennes
La Tunisie a placé la transition écologique parmi ses priorités économiques. Le pays cherche à articuler finance verte, innovation et décarbonation pour diversifier ses sources de croissance. Des projets d’énergie renouvelable aux programmes de réduction des déchets, la dynamique est enclenchée, mais les obstacles structurels — accès au financement, lourdeurs administratives, manque d’accompagnement — freinent encore l’essor d’un véritable écosystème d’entrepreneuriat vert.
C’est précisément dans ce contexte que s’inscrit «Meraviglia». Selon le président de l’Aere, Salem Sahli, le projet fédère huit partenaires répartis sur six pays méditerranéens : la France, l’Italie, le Liban, la Jordanie, la Turquie et la Tunisie. Son ambition est d’identifier six défis environnementaux urgents dans le gouvernorat de Nabeul et de les convertir en opportunités économiques concrètes, génératrices d’emplois pour les populations vulnérables.
«Ces jeunes, chômeurs ou diplômés, femmes ou hommes, futurs entrepreneurs verts sont porteurs d’initiatives originales et innovantes. Mais celles-ci restent peu connues et ne bénéficient pas souvent de formation et d’un accompagnement leur permettant de se développer rapidement», a souligné Salem Sahli lors du lancement, rapporté par Kapitalis.
Le projet s’intègre par ailleurs dans une logique de complémentarité avec d’autres dispositifs d’appui existants, comme le projet Greenov’i, le Green Tunisian Business Program ou encore le Startup Act, renforçant ainsi la cohérence de l’écosystème de soutien à l’entrepreneuriat tunisien.
272 000 emplois verts potentiels d’ici 2030 : un défi à saisir
L’Organisation internationale du travail (OIT) estime à 272 000 le nombre d’emplois verts susceptibles d’être créés en Tunisie d’ici 2030. Un chiffre qui illustre l’ampleur du potentiel, mais aussi l’urgence d’agir. «Meraviglia» se positionne comme un levier pour contribuer à atteindre cet objectif, en ciblant en priorité les groupes peu ou pas qualifiés qui peinent à s’insérer dans le circuit économique classique.
L’expert en entrepreneuriat Karim Rejeb a précisé que le projet se déploiera sur trois ans, de 2025 à 2028, avec un focus sur la montée en compétences entrepreneuriales des populations vulnérables dans les zones ciblées. Il a par ailleurs insisté sur la prise en compte des particularités locales : «Ce projet ne se limitera pas à la ville d’Hammamet, mais couvrira l’ensemble du gouvernorat de Nabeul, afin de parvenir à une prise en compte des enjeux environnementaux, économiques et sociaux de ce territoire.»
Parmi les outils envisagés figurent la création de Tiers-Lieux dédiés aux compétences environnementales, une Académie virtuelle spécialisée dans l’entrepreneuriat vert, des parcours de formation transnationaux combinant e-learning, mentorat et mises en situation pratiques, ainsi que des résidences d’éco-entrepreneurs favorisant les échanges interculturels. Un dispositif ambitieux qui mise autant sur la dimension pédagogique que sur l’ancrage territorial.
Créativité verte et leviers d’un modèle économique durable
Au-delà de l’impact environnemental, «Meraviglia» mise sur ce que ses promoteurs appellent la «créativité verte» — une approche qui place l’innovation au cœur du modèle économique. L’idée est de démontrer que la durabilité et la compétitivité ne sont pas antinomiques, mais bien complémentaires, à condition de disposer des outils et des ressources adaptés.
Lors du lancement, les représentants de la société civile, du monde universitaire et des médias ont échangé autour des mécanismes d’adaptation des curricula de formation aux besoins réels des micro-entreprises vertes. Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de réviser les programmes éducatifs pour intégrer davantage les compétences liées à l’économie circulaire, à la gestion environnementale et à l’entrepreneuriat responsable.
De jeunes entrepreneurs présents à la cérémonie ont, eux, pointé une réalité du terrain : de nombreux projets innovants restent dans l’ombre faute d’un accompagnement structuré. «Les obstacles financiers et réglementaires freinent considérablement la croissance des projets, limitant ainsi leur contribution à la construction d’un écosystème d’entrepreneuriat vert», ont-ils fait valoir, appelant à une meilleure coordination entre acteurs publics et privés pour pérenniser les initiatives émergentes.
Salem Sahli a conclu en réaffirmant que l’Aere entend agir sur plusieurs fronts simultanément : adapter le cadre réglementaire, valoriser le travail des entrepreneurs verts déjà actifs et inciter l’adoption de ce nouveau modèle de croissance. Une approche systémique qui, si elle trouve un relais institutionnel suffisant, pourrait contribuer à faire du gouvernorat de Nabeul un laboratoire régional de l’éco-entrepreneuriat méditerranéen.

