Tunisie : le journaliste Zied el-Heni placé en détention

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Le journaliste tunisien Zied el-Heni se retrouve derrière les barreaux après son arrestation le 24 avril. Sa mise en détention, confirmée par son avocat Me Samir Dilou à l’AFP, fait suite à des propos tenus lors d’une conférence universitaire au sein d’une faculté de droit à Tunis, début avril. Lors de cet événement, el-Heni avait pris la défense de confrères condamnés selon lui « injustement », qualifiant de « criminels » les magistrats à l’origine de ces jugements.

Des propos lors d’une conférence à l’origine des poursuites

Interpellé le vendredi précédant sa mise en détention, Zied el-Heni est poursuivi sur la base d’un article du Code des télécommunications. Ce texte prévoit jusqu’à deux ans d’emprisonnement pour toute personne portant « sciemment atteinte à autrui ou perturbant sa quiétude à travers les réseaux publics de télécommunications ». Le chef d’inculpation retenu est celui d’« atteinte à autrui » ou à sa réputation. Selon Me Samir Dilou, son client devra comparaître le 30 avril devant le tribunal de première instance de Tunis.

Figure médiatique reconnue, Zied el-Heni s’est imposé dans le paysage journalistique tunisien notamment lors du soulèvement populaire de janvier 2011, qui avait renversé le président Zine El Abidine Ben Ali et ouvert la voie au Printemps arabe. Il est également connu pour ses critiques régulières à l’égard de la gouvernance du président Kaïs Saïed. Le 13 avril, il avait annoncé sur Facebook avoir saisi le tribunal administratif pour contraindre le chef de l’État à instaurer la Cour constitutionnelle et à rétablir le Conseil supérieur de la magistrature ainsi que la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (HAICA).

Un contexte préoccupant pour la liberté de la presse

Cette arrestation n’est pas la première épreuve judiciaire du journaliste. En 2024, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour « atteinte à la personne » d’une ex-ministre du Commerce, après avoir appelé à son limogeage en direct sur les ondes d’une émission radiophonique qu’il animait.

L’affaire el-Heni survient dans un contexte déjà sous tension pour la profession. Son confrère Mourad Zeghidi, arrêté simultanément avec le journaliste Borhen Bsaies, attendait le même jour la décision rendue dans son procès en appel, ouvert le 14 avril. Déjà condamné à plusieurs reprises, sa défense conteste l’ensemble des chefs de poursuite, affirmant qu’il est visé en raison de ses positions critiques envers le président Saïed. Jeune Afrique souligne que la situation des libertés de la presse en Tunisie est qualifiée d’« alarmante » par plusieurs organisations de défense des droits.

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