Le ministre du Transport, Rachid Amri, a dressé, lors d’une séance d’audition tenue le 20 avril 2026 à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), un état des lieux préoccupant de la compagnie nationale Tunisair, tout en annonçant la mise en œuvre d’un plan de sauvetage visant à redresser progressivement sa situation financière et opérationnelle.
Selon le ministre, la compagnie a été trouvée dans une “situation lamentable”, opérant avec seulement six à sept avions et affichant un niveau d’endettement atteignant 2 600 millions de dinars. Il a toutefois indiqué que des efforts sont en cours pour rétablir la situation, notamment à travers la régularisation des états financiers, dont ceux des exercices 2023, 2024 et 2025 devraient être validés en 2026, après l’approbation de ceux de 2021 et 2022.
Rachid Amri a reconnu que Tunisair n’est actuellement pas en mesure de contracter des prêts, faute de bancabilité, mais a assuré que cette situation est appelée à évoluer dans le cadre du plan de redressement engagé en urgence.
Une flotte en expansion progressive
Dans ce même cadre, le ministre a détaillé les mesures visant à renforcer la flotte, indiquant que Tunisair dispose actuellement de douze avions, auxquels s’ajouteront prochainement deux appareils en cours de réparation. D’ici juin 2026, la flotte devrait atteindre seize avions grâce à l’intégration de deux appareils supplémentaires, un Airbus A320 et un Airbus A330, dont les moteurs ont été acquis.
À l’horizon de la fin de l’année 2026, la compagnie devrait exploiter dix-huit avions, dont trois en location avec option d’achat (dry lease). Le seuil de rentabilité serait, selon lui, atteint avec une flotte de vingt-et-un appareils.
Par ailleurs, le ministre a affirmé que l’état technique des avions s’est nettement amélioré. Alors que certains appareils avaient été immobilisés en raison d’un niveau de sécurité jugé insuffisant, la situation actuelle serait désormais conforme aux normes, avec un facteur de sécurité inférieur à 1.
Concernant les filiales du groupe Tunisair, au nombre de six, toutes étaient fortement endettées mais font actuellement l’objet d’un processus d’assainissement. La situation de Tunisair Express a été qualifiée de plus critique encore, la compagnie restant déficitaire malgré des tarifs élevés, ce qui nécessite un soutien financier. Deux avions de capacité moyenne devraient néanmoins renforcer sa flotte d’ici la fin de l’année.
Relance des aéroports intérieurs
En parallèle, le ministère du Transport travaille sur un programme de dynamisation des aéroports intérieurs, en ciblant dans une première phase les plateformes de Sfax, Tabarka et Tozeur. Ce projet, élaboré en coordination avec plusieurs départements ministériels, vise à relancer l’activité aérienne régionale et à améliorer la rentabilité des lignes.
Le ministre a expliqué que la suspension des vols au départ de Sfax était due à leur faible rentabilité, notamment en raison d’un taux de remplissage insuffisant. Il a insisté sur la nécessité d’atteindre un seuil minimal de 70 % pour assurer la viabilité des dessertes.
Dans ce contexte, les autorités misent sur une mobilisation des acteurs économiques régionaux et sur l’organisation d’événements susceptibles de stimuler la demande. L’objectif est de redonner aux aéroports intérieurs leur attractivité, tout en améliorant la régularité des vols domestiques et des liaisons dédiées au pèlerinage.
Enfin, évoquant les préférences des passagers pour l’aéroport Tunis-Carthage, Rachid Amri a avancé, sur un ton inhabituel, que ce choix pourrait être lié à son histoire et à son image, notamment marquée par l’accueil de grandes figures artistiques telles que Abdelhalim Hafez et Oum Kalthoum.




